Le débat qui agite depuis plusieurs jours les réseaux sociaux marocains s’invite, indirectement, dans les mosquées du Royaume. La Khoutba unifiée de ce vendredi 4 septembre 2026, intitulée « Le Prophète, éducateur et enseignant », revient sur la place du savoir, de la transmission et de l’éducation dans la tradition prophétique, tout en abordant explicitement la question de l’« illettrisme » du Prophète Mohammed, paix et salut sur lui.
Publié par le Conseil supérieur des Oulémas et le ministère des Habous et des Affaires islamiques, le texte affirme que le Prophète était « Oummi, ne lisant ni n’écrivant », tout en insistant sur la connaissance et la sagesse que Dieu lui a transmises. Une formulation qui prend un relief particulier dans le contexte actuel, quelques jours après la controverse déclenchée par le chercheur marocain Mohamed El Fayed autour de l’interprétation du terme « Oummi ».
Une polémique qui dépasse le débat théologique
Le 26 août, Mohamed El Fayed avait publié un texte dans lequel il interrogeait l’interprétation traditionnelle de ce terme appliqué au Prophète. Il questionnait notamment la manière de comprendre le fait qu’un messager chargé de transmettre la Révélation ne sache ni lire ni écrire. Ses propos, accompagnés d’une remarque sarcastique à l’adresse de ses futurs détracteurs, ont rapidement provoqué une vague de réactions.
Pour ses critiques, cette prise de position constituait une remise en cause provocatrice d’un élément établi de la tradition islamique. D’autres voix ont, au contraire, estimé qu’un débat linguistique ou exégétique pouvait être mené autour du sens du mot « Oummi » sans qu’il soit nécessairement assimilé à une attaque contre la religion.
Face à l’ampleur de la polémique, Mohamed El Fayed a ensuite précisé qu’il n’avait jamais associé l’illettrisme à l’ignorance. Il a affirmé que ses propos avaient été sortis de leur contexte et défendu une lecture différente du terme. La controverse a néanmoins pris une dimension nationale, au point qu’une initiative judiciaire a été engagée par un citoyen souhaitant examiner la possibilité d’une plainte ou d’une demande d’ouverture d’enquête.
« Ne lisant ni n’écrivant », mais porteur d’un savoir
Sans mentionner Mohamed El Fayed, la Khoutba de ce vendredi apporte une réponse doctrinale claire sur la question. Elle rappelle que le Prophète ne lisait ni n’écrivait, mais souligne que cette absence d’apprentissage formel ne saurait être assimilée à une absence de connaissance.
Le texte s’appuie notamment sur plusieurs références coraniques relatives à l’enseignement divin et à la recherche du savoir. Il rappelle également l’invocation : « Seigneur, accrois mes connaissances », pour souligner la place centrale accordée au savoir dans la mission prophétique.
La Khoutba insiste ainsi sur un point : le Prophète, après avoir reçu le Livre et la sagesse, est lui-même devenu éducateur et enseignant d’une communauté. En vingt-trois années de mission, rappelle le texte, son enseignement a profondément transformé la société dans les domaines de la foi, du culte, des relations humaines et de la morale.
Une conception de l’éducation qui dépasse l’écrit
Le sermon élargit enfin la notion d’enseignement au-delà de la lecture et de l’écriture. La transmission prophétique ne reposait pas uniquement sur le discours, mais également sur le comportement, l’exemple personnel, la correction, l’encouragement et la manière d’interagir avec les autres.
La mosquée, le foyer, les voyages ou encore les situations ordinaires de la vie quotidienne devenaient ainsi autant d’occasions de transmettre un savoir ou une valeur. Une vision de l’éducation fondée autant sur la parole que sur l’exemple.
Dans un contexte marqué par une forte polémique autour du terme « Oummi », la Khoutba de ce vendredi prend donc une résonance particulière. Sans entrer directement dans la controverse, elle réaffirme la lecture traditionnelle portée par les institutions religieuses marocaines : l’absence de lecture et d’écriture n’est pas synonyme d’ignorance, et la mission prophétique reste indissociable du savoir, de l’éducation et de la transmission.


